Séance 7- Théorie anthropologique du rituel et types de relations concernées. Carlo SEVERI

Chapitre

Titre: Rappels de la séance antérieure et annonce de l’étude de la position de l’énonciateur dans le naven
Durée: 00:13:06   [00:00:00 > 00:13:06]
Carlo SEVERI rappelle le modèle du rituel du naven (Nouvelle Guinée) ainsi que sa démarche clinique. Il fait également un résumé des séances précédentes sur la différence entre la communication rituelle et la communication quotidienne. Il annonce ensuite le plan de la séance: Les perturbations qui affectent l’image de l’énonciateur représentent le niveau à partir duquel il va falloir essayer de généraliser. Dans certaines situations, les acteurs admettent un contrat de fiction qui permet certaines paroles du fait que leur identité n’est pas la même que dans la vie quotidienne. Dans ces situations, l’engendrement du sens dépend autant des mots que de l’identification de l’énonciateur (ce que SEVERI nomme une identité contractuelle). Communiquer à travers un rituel, c’est établir un contrat de fiction entre les agents du rituel. Il faut donc comprendre quel est le rôle de cette fiction dans la vie sociale, explique-t-il.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie du langage
Libellé: Naven (rituel Iatmul)
Détail particulier: Nouvelle Guinée
Titre: Le «je» partagé, les perturbations affectant la définition de l’énonciateur et les niveaux de complexité
Durée: 00:21:24   [00:13:06 > 00:34:31]
Dans la vie quotidienne nous faisons l’hypothèse que nous sommes des personnes et que ces personnes sont unitaires. Or l’ethnographie montre que dans d’autres situations culturelles, on peut engager une communication dans laquelle le «je» ne désigne pas simplement une unité complète mais «une personne qui peut être plurielle» : une seule partie d’elle est engagée dans la communication (sa partie féminine ou maternelle par exemple). Les linguistes appellent le «je» un pronom indexical et considère qu’il est «en référence directe». SEVERI poursuit la démonstration autour de cet exemple. Il y a une alternance entre le «je» du discours et le «je» de la phrase, explique-t-il. Les contextes (rumeur, théâtre, etc.) sont des communications qui concernent des perturbations affectant l’identité du locuteur.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie du langage
Libellé: Rituel et énonciateur
Détail particulier: Perturbations affectant l'identité de l'énonciateur
Titre: Ethnographie Iatmule et identité complexe
Durée: 00:26:27   [00:34:31 > 01:00:58]
Dans l’ethnographie Iatmule, ceux qui sont impliqués dans la communication rituelle assument une identité complexe qui, dans le cas du naven, choisie la voie de la réciprocité. On peut utiliser des formes collectives de «je» qui sont, dans le naven, des acquisitions d’identités complexes, contradictoires et réciproques. Bateson avait découvert que l’action dans le rituel était structurée par des relations, en nombre fini, et qu’on pouvait distinguer deux grands types de relations : symétriques et complémentaires. Les relations symétriques sont les relations qui impliquent la même réponse relationnelle (par exemple dans une course les deux acteurs courent dans la même direction en essayant d’accélérer tous les deux, explique SEVERI). Les relations complémentaires impliquent, elles, des réponses relationnelles différentes (par exemple dans la hiérarchie, plus le dominateur s’illustre en tant que dominateur, plus le dominé en fait de même en tant que dominé: on a deux comportements distincts qui bâtissent une seule relation). Bateson dit donc que si l’action rituelle est structurée par certains types de relations, nous ne sommes plus dans le quotidien. Ce qui fait que pour tout Iatmul, le naven est reconnaissable immédiatement c’est la tonalité caricaturale de la relation, qui en fait une relation unique et tout à fait différente des relations quotidiennes. Ceci a une conséquence très importante vis-à-vis de la définition du «je».
Sujet: Personnalités
Topique: Bateson
Autre formulation du sujet: Naven (Nouvelle Guinée)
Prénom: Gregory
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Ethnologie
Libellé: Naven (rituel Iatmul)
Titre: Définition constitutive de l’identité et simplicité du contexte du naven
Durée: 00:21:06   [01:00:58 > 01:22:05]
Il faut démontrer que l’action dans le contexte du rituel ne permet pas tout et que seulement certaines classes de relations sont mobilisées à l’intérieur du contexte dans lequel la définition de l’identité de l’énonciateur est constitutive. Alors la dimension pragmatique devient intéressante déclare SEVERI. Il s’agit de remplacer le concept de culture par la logique du contexte de la communication et de se poser ensuite la question de l’ontologie, c’est-à-dire se demander si le rituel est envisagé comme une chose ou s’il est là pour révéler quelque chose de plus profond. Pour SEVERI, la communication rituelle ne s’obtient par la complexité croissante mais au contraire en simplifiant les contextes. Finalement dans un naven, conclut-il, on ne dit pas grand-chose, le naven se fonde sur la relation et le thème en est l’opposition : soit on surenchérit sur l’opposition, soit il n’y a pas de naven. La forme de l’expression de l’intention est fixe : le naven bloque sur un aspect et le fait ressortir. On ne doit donc pas étudier le rituel en tant que tel, mais la relation entre l’intention des gens et la forme qu’ils attribuent socialement à ces intentions : la communication se trouve entre la forme et l’intention. Le socle ontologique devient la façon dont les gens se transmettent des représentations à l’intérieur d’une société.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie culturelle
Libellé: Contexte du naven et identité
Titre: Règle constitutive et règle normative
Durée: 00:20:55   [01:22:05 > 01:43:00]
Les gens assument leur rôle dans une relation symétrique ou complémentaire qui modifie leur image, explique Carlo SEVERI. Or pour comprendre une règle constitutive par rapport à une règle normative, on peut chercher une référence dans les phénomènes iconiques du langage avant d’en arriver à l’image. SEVERI donne un exemple concret à partir de «Speaking with names» de K.H Basso, puis il revient ensuite aux chants chamaniques en expliquant que la définition de l’énonciateur est à tel point constitutive dans ce cas qu’on peut parler sans ne rien dire, c’est-à-dire produire un acte communicationnel sans véhiculer de sens. SEVERI donne ensuite un exemple dans le naven.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie culturelle
Libellé: Règle constitutive et règle normative
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie du langage
Libellé: Naven (rituel Iatmul)
Détail particulier: Nouvelle Guinée
Sujet: Auteurs, oeuvres et pratiques littéraires
Topique: Basso
Autre formulation du sujet: «Speaking with names»
Prénom: K.H
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Chant chamanique kuna
Détail particulier: Panama
Titre: Questions des étudiants
Durée: 00:13:41   [01:43:00 > 01:55:28]
-Actions et mythologie -Classes de relations -Enonciateur et chant chamanique

6 chapitres.
  • Carlo SEVERI rappelle le modèle du rituel du naven (Nouvelle Guinée) ainsi que sa démarche clinique. Il fait également un résumé des séances précédentes sur la différence entre la communication rituelle et la communication quotidienne. Il annonce ensuite le plan de la séance: Les perturbations qui affectent l’image de l’énonciateur représentent le niveau à partir duquel il va falloir essayer de généraliser. Dans certaines situations, les acteurs admettent un contrat de fiction qui permet certaines paroles du fait que leur identité n’est pas la même que dans la vie quotidienne. Dans ces situations, l’engendrement du sens dépend autant des mots que de l’identification de l’énonciateur (ce que SEVERI nomme une identité contractuelle). Communiquer à travers un rituel, c’est établir un contrat de fiction entre les agents du rituel. Il faut donc comprendre quel est le rôle de cette fiction dans la vie sociale, explique-t-il.
  • Dans la vie quotidienne nous faisons l’hypothèse que nous sommes des personnes et que ces personnes sont unitaires. Or l’ethnographie montre que dans d’autres situations culturelles, on peut engager une communication dans laquelle le «je» ne désigne pas simplement une unité complète mais «une personne qui peut être plurielle» : une seule partie d’elle est engagée dans la communication (sa partie féminine ou maternelle par exemple). Les linguistes appellent le «je» un pronom indexical et considère qu’il est «en référence directe». SEVERI poursuit la démonstration autour de cet exemple. Il y a une alternance entre le «je» du discours et le «je» de la phrase, explique-t-il. Les contextes (rumeur, théâtre, etc.) sont des communications qui concernent des perturbations affectant l’identité du locuteur.
  • Dans l’ethnographie Iatmule, ceux qui sont impliqués dans la communication rituelle assument une identité complexe qui, dans le cas du naven, choisie la voie de la réciprocité. On peut utiliser des formes collectives de «je» qui sont, dans le naven, des acquisitions d’identités complexes, contradictoires et réciproques. Bateson avait découvert que l’action dans le rituel était structurée par des relations, en nombre fini, et qu’on pouvait distinguer deux grands types de relations : symétriques et complémentaires. Les relations symétriques sont les relations qui impliquent la même réponse relationnelle (par exemple dans une course les deux acteurs courent dans la même direction en essayant d’accélérer tous les deux, explique SEVERI). Les relations complémentaires impliquent, elles, des réponses relationnelles différentes (par exemple dans la hiérarchie, plus le dominateur s’illustre en tant que dominateur, plus le dominé en fait de même en tant que dominé: on a deux comportements distincts qui bâtissent une seule relation). Bateson dit donc que si l’action rituelle est structurée par certains types de relations, nous ne sommes plus dans le quotidien. Ce qui fait que pour tout Iatmul, le naven est reconnaissable immédiatement c’est la tonalité caricaturale de la relation, qui en fait une relation unique et tout à fait différente des relations quotidiennes. Ceci a une conséquence très importante vis-à-vis de la définition du «je».
  • Il faut démontrer que l’action dans le contexte du rituel ne permet pas tout et que seulement certaines classes de relations sont mobilisées à l’intérieur du contexte dans lequel la définition de l’identité de l’énonciateur est constitutive. Alors la dimension pragmatique devient intéressante déclare SEVERI. Il s’agit de remplacer le concept de culture par la logique du contexte de la communication et de se poser ensuite la question de l’ontologie, c’est-à-dire se demander si le rituel est envisagé comme une chose ou s’il est là pour révéler quelque chose de plus profond. Pour SEVERI, la communication rituelle ne s’obtient par la complexité croissante mais au contraire en simplifiant les contextes. Finalement dans un naven, conclut-il, on ne dit pas grand-chose, le naven se fonde sur la relation et le thème en est l’opposition : soit on surenchérit sur l’opposition, soit il n’y a pas de naven. La forme de l’expression de l’intention est fixe : le naven bloque sur un aspect et le fait ressortir. On ne doit donc pas étudier le rituel en tant que tel, mais la relation entre l’intention des gens et la forme qu’ils attribuent socialement à ces intentions : la communication se trouve entre la forme et l’intention. Le socle ontologique devient la façon dont les gens se transmettent des représentations à l’intérieur d’une société.
  • Les gens assument leur rôle dans une relation symétrique ou complémentaire qui modifie leur image, explique Carlo SEVERI. Or pour comprendre une règle constitutive par rapport à une règle normative, on peut chercher une référence dans les phénomènes iconiques du langage avant d’en arriver à l’image. SEVERI donne un exemple concret à partir de «Speaking with names» de K.H Basso, puis il revient ensuite aux chants chamaniques en expliquant que la définition de l’énonciateur est à tel point constitutive dans ce cas qu’on peut parler sans ne rien dire, c’est-à-dire produire un acte communicationnel sans véhiculer de sens. SEVERI donne ensuite un exemple dans le naven.
Titre: Séance 7- Théorie anthropologique du rituel et types de relations concernées
Sous-titre: Anthropologie comparée des "Arts de la mémoire"
Auteur(s): Carlo SEVERI
Durée: 01:55:28
Date de réalisation: 18/04/2005
Lieu de réalisation: EHESS, 105 Boulevard Raspail, Paris, France
Genre: Extrait d'une enquête ethnographique filmée
Langue(s): Français
Cette archive correspond à la septième séance d'un séminaire de Carlo SEVERI, anthropologue, directeur d'études à l'EHESS, sur l'anthropologie comparée des Arts de la mémoire. Carlo SEVERI commence par un bref rappel des séances antérieures et introduit la position de l'énonciateur dans le naven. Il s'attarde ensuite sur la définition d'un "je" pluriel amené par le contexte et d'identité complexe. Il conclut enfin par l'explicitation illustrée de la notion de règle constitutive par rapport à la règle normative.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie
Libellé: Théorie anthropologique du rituel
Détail particulier: (kuna de Panama , naven de Nouvelle Guinée)
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie du langage
Libellé: Naven (rituel Iatmul)
Détail particulier: Nouvelle Guinée
Sujet: Pratique religieuse
Topique: Chamanisme kuna
Détail particulier: Panama
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Pays
Topique: Panamá
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour spécialistes
Anthropologues, ethnologues, linguistes
Carlo SEVERI. 7e séance du séminaire "Anthropologie comparée des Arts de la mémoire" sur la "Théorie anthropologique du rituel et les types de relations concernées", 2005.
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
Le réalisateur de cette ressource audiovisuelle est l'ESCoM (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias) à la FMSH (Fondation Maison des Sciences de l'Homme) , Paris, 2005.
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
L'auteur de cette ressource audiovisuelle est Carlo SEVERI, EHESS, 2005.
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
"Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/" Veuillez, ensuite, créer 1/ le lien : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr et 2/ l'intitulé "Creative Commons - Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France" (via la boîte "Liens")
Titre: Analyse de la 7e séance du séminaire de Carlo SEVERI sur l'anthropologie comparée des Arts de la mémoire
Sous-titre: Théorie anthropologique du rituel et type de relations concernées
Langue(s): Français
Comment citer: PAPINO, Manuela. Analyse de l'archive segmentée de la 7e séance du séminaire de Carlo SEVERI sur l'anthropologie comparée des arts de la mémoire , 2012.
Id analyse: 5c034a4e-948f-4977-a355-a6cafd119322
Id vidéo: ff0ee5f8-3fc4-4696-b91b-aa791008b376
Cette archive correspond à la troisième séance d'un séminaire de Carlo SEVERI d'anthropologie comparée sur les Arts de la mémoire sur la Théorie anthropologique du rituel et le type de relations concernées. Il aborde la définition de plusieurs notions en donnant des exemples concrets à la fois dans le naven (Nouvelle Guinée), les chants chamaniques kunas (Panama) et autres. Cette vidéo est destinée à un public de spécialistes, anthropologues, ethnologues, linguistes, ou sémiologues.